ANATOMIE
anatomie
Connaître la configuration d'un organe du corps, sa place,
ses rapports avec les organes voisins, c'est contribuer à la
compréhension de l'organisme et de son fonctionnement.
L'anatomie est étroitement liée à de nombreuses
disciplines, la dissection, la chirurgie, la physiologie,
l'embryologie, etc. Elle est mise aussi à profit par l'art et
par les artistes, comme le montrent si magistralement
certaines Suvres de la Renaissance italienne notamment.
n. f. Science biologique ayant pour objet l'étude de la forme, de
la
structure et des rapports entre les éléments qui constituent
les
ê
tres vivants.
Selon qu'elle concerne l'homme, les animaux ou les plantes, on
distingue l'anatomie humaine, l'anatomie comparée et l'anatomie
végétale.
Les disciplines de l'anatomie humaine
L'anatomie humaine comporte avant tout l'anatomie normale, ou
systématique, qui étudie la configuration externe et les structures
internes du corps (l'anatomie macroscopique analyse les éléments
visibles à l' Sil nu, l'anatomie microscopique, la structure
intime
des tissus et des cellules, étude qui s'effectue au moyen d'appareils
optiques, le microscope en particulier) ; l'anatomie descriptive, qui
analyse les formes et les structures des différents organes classés
suivant leurs fonctions (arthrologie pour les articulations,
ostéologie pour les os, myologie pour les muscles, angiologie pour
les veines et les artères , etc.) ; l'anatomie topographique, qui
é
tudie les rapports qu'ont entre eux les organes d'une même
région ; l'anatomie chirurgicale, qui consacre ses travaux aux
problèmes relatifs aux maladies imposant le geste chirurgical ;
l'anatomie pathologique, ayant pour objet l'étude des altérations
micro- et macroscopiques susceptibles d'apparaître dans les
organes, les tissus et les cellules à la suite de maladies ; l'anatomie
radiologique, c'est-à-dire l'anatomie telle que la montrent les
diverses techniques radiologiques ; enfin l'anatomie artistique, ou
esthétique, qui a pour but d'étudier les formes externes du
corps
et les proportions entre ses différentes parties.
Historique
Des documents anatomiques préhistoriques témoignent de l'
intérêt que tous les peuples ont toujours porté à la
connaissance
du corps humain. Ces premières observations correspondent au
désir, profondément enraciné dans chaque être,
de procéder à
des investigations pour mieux se connaître.
L'Antiquité
Mais, bien que le respect porté par les Anciens aux dépouilles
humaines ait freiné leur impulsion vers l'enquête et la connaissance,
on peut néanmoins situer le début des recherches anatomiques
en
Grèce entre 600 et 350 av. J.-C., avec les travaux d'Alcméon
de
Crotone (VIe s. av. J.-C.), considéré par certains comme le
père
de l'anatomie, ainsi que ceux d'Empédocle, Anaxagore, Esculape
et Aristotèle. Cependant, ce n'est qu'au IVe siècle av. J.-C.,
avec
l'École alexandrine, que l'anatomie connaît un réel progrès
grâce,
en particulier, au travail accompli par Érophile, qui étudie
les
cadavres humains, distingue les nerfs sensitifs des nerfs moteurs, et
reconnaît le cerveau comme étant l'organe siège de l'intelligence
et
le centre du système nerveux. Son contemporain Érasistrate
découvre que veines et artères sont dirigées par le
cSur, et non
par le foie. Galien, né à Pergame, en Asie Mineure, vers 130
apr.
J.-C., doit quitter Rome pour se rendre à Alexandrie afin de
pouvoir perfectionner ses connaissances en anatomie, qui restent
néanmoins entachées d'un certain manque de rigueur, résultat
de la
transposition sur l'être humain des observations faites sur l'animal.
Galien entreprend une étude systématique dans laquelle une
attention particulière est portée au système osseux
; ses livres sont
alors considérés comme le meilleur abrégé d'anatomie
de l'
Antiquité classique.
Le Moyen Âge
Au Moyen Âge , du fait de la grande autorité qui est attribuée à ce
savant et en raison des préjugés moraux et religieux qui interdisent
la dissection des cadavres, l'anatomie scientifique ne progresse
plus.
Les Arabes, pourtant avancés dans le domaine médical, ne
peuvent pas davantage se consacrer à l'anatomie pratique en
raison de préjugés religieux analogues, et le Canon de la
médecine d'Avicenne, publié vers l'an 1000, se réfère
surtout à
l'anatomie des animaux.
Au XIe siècle, en Italie, l'anatomie humaine connaît un regain
d'intérêt auprès de l'école médicale de
Salerne, cependant que
Constantin l'Africain, lors d'un séjour au monastère du
Mont-Cassin, traduit en latin les textes médicaux grecs qu'il
connaissait dans leur version arabe. Tout au long du Moyen Âge,
les médecins (Guillaume de Salicète), Roland de Parme, etc.)
seront unanimes à insister sur le fait que la chirurgie doit
reconnaître l'anatomie pour base fondamentale, fidèles en cela à
Galien lui-même, qui a affirmé : " À cause de notre
ignorance
de l'anatomie, nous pouvons être trop timides dans les
opérations sûres, téméraires et audacieux, au
contraire, pour
celles plus difficiles et incertaines. " Pour le développement
de
la science anatomique, un édit (1240) de Frédéric II
est décisif en
ce sens qu'il sanctionne l'obligation pour l' école de Naples d'un
apprentissage pratique en anatomie. Un demi- siècle plus tard, à
l'université de Bologne, Mondino dei Liucci exécute les premières
dissections de cadavres dans un but didactique, et publie en 1316
un petit manuel sur l'autopsie.
La Renaissance
Pendant la Renaissance, le progrès des études anatomiques
est
favorisé non seulement par l'atmosphère particulière
de l' époque,
mais aussi par la redécouverte des textes originaux grecs et latins,
ainsi que par une attitude nouvelle prise par l'autorité religieuse
en
ce qui concerne la dissection des cadavres. En outre, des artistes,
tels que Albrecht Dürer, Léonard de Vinci, Raphaël et
Michel-Ange manifestent un grand intérêt pour la structure du
corps humain. Les Suvres de Léonard de Vinci, en particulier,
contribuent largement à dégager l'anatomie humaine de l' autorité
incontestée de Galien qui perdure depuis plus de mille ans, étant
acceptée par Avicenne et confirmée par Mondino.
Les études de Léonard de Vinci sur le système musculaire,
ses
méthodes originales de dissection et ses découvertes anatomiques
le placent parmi les plus grands anatomistes. Mais celui qui devait
pousser l'observation jusqu'à détruire certaines théories
de Galien
est le médecin belge, André Vésale, qui, quittant Paris
pour
s'établir à Padoue, y obtient à l' université la
chaire de chirurgie et
d'anatomie. Il ne cesse alors de poursuivre ses travaux : il
dissèque des cadavres et en décrit avec minutie la structure
intime,
illustrant son Suvre de dessins précis, qu'il exécute
en partie
lui-même, l'autre partie étant confiée au Belge Jean
de Calcar,
é
lève de Titien. Son Suvre, De humani corporis fabrica, publiée
en 1543 à Bâle, paraît la même année que
le De revolutionibus
orbium caelestium de Copernic, elle constitue le premier vrai
texte propre à l'anatomie, fondé sur l'observation directe
du corps
humain. Cette méthode de recherche lui permet de modifier les
théories de Galien, alors le " Ptolémée " de
l'anatomie, dans un
climat de polémiques sévères avec les savants de l'époque.
Son
enseignement à l'université de Padoue suscite un vif intérêt
parmi
les médecins, les artistes, les savants, et son Suvre est continuée
par des disciples de valeur parmi lesquels il convient de citer
Gabriel Fallope (1524-1562), célèbre en particulier pour ses
é
tudes sur la vascularisation cérébrale et méningée,
les nerfs
moteurs de l'Sil, un certain nombre de nerfs crâniens et la
description des " trompes de Fallope " qui relient les ovaires à
l'utérus, et Jérôme Fabrice d'Acquapendente (1533-1619),
qui
enseigne l'anatomie à Padoue et qui apporte des précisions
sur la
reproduction humaine, la structure des valvules veineuses et la
locomotion. À partir de ce moment-là, le développement
de
l'anatomie ne connaît aucun répit. Berengario de Carpi, à
Bologne, et Bartolomée Eustache, à Rome, font progresser les
connaissances, l'un sur l'appendice et le thymus, l'autre sur les
canaux auditifs (" trompe d'Eustache "). Eustache est célèbre
é
galement pour les illustrations soignées de ses Tabulae
anatomicae.
L'anatomie sous la Renaissance, et en particulier le travail de
Vésale, confirme la nécessité d'une approche entièrement
nouvelle
de cette discipline. L'Anglais William Harvey (1578-1657)
concilie la tradition anatomique italienne avec le nouvel intérêt
démontré pour la mécanique et la science expérimentale,
qui
voyait le jour à ce moment-là en Angleterre.
Son Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis in
animalibus, publié en 1628, est à la fois un traité d'anatomie
et de
physiologie où, à côté des problèmes habituels
concernant la
dissection en général et la dissection des organes particuliers,
il est
fait état d'une recherche propre au mécanisme de la circulation
du
sang, recherche menée grâce à des expériences
pratiques, le
corps étant considéré comme une machine hydraulique.
L'invention du microscope par Galilée permet à Marcello Malpighi
(1628-1694) d'éprouver la doctrine de Harvey sur la circulation
sanguine, et de découvrir les structures les plus fines des différents
organes, créant par là même l'anatomie microscopique. À la
même époque, Gaspare Aselli (1606-1692) met en évidence
les
vaisseaux lymphatiques, minutieusement décrits par la suite par
Paolo Mascagni (1752-1815), alors que le chirurgien romain
Bernardino Genga (1620-1690) publie un recueil de données
anatomiques dans lequel apparaît pour la première fois le terme
d'" anatomie chirurgicale ".
Vers l'anatomie moderne
Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, le progrès technique
et
l'affranchissement de la pensée scientifique des préjugés
d'ordre
philosophique ou religieux mènent les savants à tenter d'établir
la
classification de l'impressionnante quantité de données jusque-là
recueillies et de subdiviser l'anatomie en plusieurs sciences
particulières.
Nous avons déjà mentionné l'anatomie microscopique
et
l'anatomie chirurgicale entrevues dès le XVIIe siècle ; l' étude
de
plus en plus détaillée des techniques opératoires devait
entraîner la
division de l'anatomie, en théorie comme en pratique, en plusieurs
branches et à accorder une grande importance à l'anatomie
topographique, dont les premiers adeptes furent Michel
Malacarne (1744-1816) et Antonio Scarpa (1752-1832). La
méthode d'étude anatomique et clinique du cadavre, qui constitue
le plus sûr moyen d'investigation sur les altérations provoquées
par
les maladies, est introduite par Jean-Baptiste Morgagni
(1682-1771). Apparaît donc l'anatomie pathologique, ainsi
nommée car elle vise à reconnaître et à expliquer
les processus
morbides à travers l'examen des modifications anatomiques
provoquées par ceux-ci sur les organes et les tissus. De grandes
découvertes vont alors se succéder : sur la pathologie cellulaire,
grâce aux travaux de Rudolf Virchow (1821-1902), et sur les
agents responsables ( bactéries et microbes) des maladies
infectieuses, grâce à Louis Pasteur (1822-1895) et Robert Koch
(1843-1910). De son côté, l'anatomie humaine systématique,
pénétrant jusqu'au sein de la cellule, s'engage sur la voie
prometteuse de la " culture des tissus ", de telle sorte que de
la
classique anatomie " statique " on passe graduellement à
l'anatomie " dynamique ". C'est cette même orientation que
tend à
prendre l'anatomie clinique, qui, tirant jusque-là ses observations
des seuls cadavres, présente nécessairement certains aspects
déformés de la réalité : elle vise à mettre
en relief des attitudes
immuables, fixées par la mort, alors que la vie est mouvement,
changement de forme et de position.
C'est ainsi que se sont créées les bases de la chirurgie biologique
et fonctionnelle moderne, qui, tout en devant toujours se référer à
l'anatomie topographique, exige toutefois une étude qui tienne
compte non seulement des données fournies par l'anatomie
normale, l'anatomie pathologique et l'anatomie radiologique, mais
surtout des renseignements recueillis au cours de l'observation
dynamique, vivante, des organes, faite pendant les interventions
chirurgicales.
L'attention des chercheurs, concentrée sur l'observation des
organes vivants soumis aux lois naturelles de la physiologie,
réélabore les données de la pathologie en confirmant
que, pour
obtenir une connaissance complète d'un organe, il ne suffit pas
d'en connaître le nom, la situation, la configuration externe et
interne et les rapports plus ou moins intimes avec les organes
voisins, mais qu'il est nécessaire de déterminer le rôle
qu'il assume
au sein de l'organisme.
Cette approche nouvelle de l'être humain n'est possible que grâce
au concours de l'anatomie comparée et de l'embryologie ; la
première permettant de suivre les transformations lentes et
successives subies par les organes lors de l'évolution des espèces,
la seconde mettant en évidence, chez le sujet isolé, les différents
stades de formation des organes, depuis le moment où ils se
différencient jusqu'à leur complet développement.