DENTS
dents
n. f. (pl.) Organes buccaux organo-minéraux d'une très grande
dureté, exclusivement
présents chez les vertébrés - les oiseaux exceptés
-, servant à la préhension, à la
rétention et au broyage des aliments.
Faits embryogéniques
Précocement au cours de la vie embryonnaire - au quarantième
jour de la vie
intra-utérine chez l'homme - s'amorce la différenciation des
structures qui seront à
l'origine de l'appareil masticateur, sous forme de deux lames épithéliales,
dites lames
dentaires, résultant d'un épaississement de l'épithélium
buccal.
Sur les bords de ce bourrelet épithélial apparaissent bientôt
les bourgeons dentaires, à
partir desquels s'édifieront les dents sous l'action de deux types de
cellules spécialisées
d'origine distincte : les adamantoblastes et les odontoblastes.
Les adamantoblastes
élaborent l'émail, qui est déposé progressivement
de l'intérieur vers l'extérieur, par
couches successives, sur la portion de la dent qui fera éruption hors
de la gencive, et
dotent cette partie fonctionnelle, dite couronne, d'une pellicule à laquelle
une intense
minéralisation - l'émail contient, en effet, jusqu'à 98
% de sels de calcium- confère une
exceptionnelle dureté.
Les odontoblastes,
dans le même temps, travaillent à l' édification
de la dentine, ou ivoire, substance dont la
teneur en sels de calcium est moins élevée que celle de l' émail
puisqu'elle ne dépasse
pas 70 %. Déposée de l' extérieur vers l'intérieur,
la dentine forme la masse même de la
dent. Seule échappe à ce processus d'invasion par la dentine
la région centrale de la
dent ; elle constitue la cavité pulpaire, qui abrite des vaisseaux sanguins
et des
terminaisons nerveuses, ces éléments vasculo-nerveux ayant cheminé jusque
dans l'
intimité de la dent par un canal situé à l'apex de la
racine.
Les dents et leurs particularités chez l'homme
et les
autres vertébrés
Chez tous les êtres qui en sont dotés - homme et animaux -, les
dents sont constituées
des mêmes éléments anatomiques, à savoir la couronne
- partie visible et fonctionnelle -,
la racine - d'implantation intra-osseuse - et le collet anatomique, ligne qui
les sépare. De
même, chez tous, les dents peuvent se rattacher à l'un des trois
types : incisives, canines
ou molaires.
Mais au-delà de ces analogies existent de nombreuses différences.
L'une des premières
porte sur le nombre de renouvellement des dents au cours de l'existence. Chez
la
majorité des mammifères, il existe deux dentitions. Ainsi, chez
l'homme, à une première
dentition temporaire, dite lactéale, succède une seconde dentition,
définitive, dont les
é
léments se mettent en place à partir de sept ans, suivant un
schéma chronologique bien
défini. Il convient d'ailleurs, à ce propos, de rappeler que
toutes les dents ne sont pas
impliquées dans ce renouvellement ; en effet, si chez un sujet de sept
ans une incisive
tombe et se trouve remplacée par une autre, les molaires apparues tardivement
restent
en place. En revanche, certains animaux ( dauphins, chauves-souris) ne possèdent
qu'une
dentition unique pour toute leur existence. À l'opposé, les reptiles
bénéficient de quelque
vingt-cinq dentitions successives ; quant aux requins, c'est jusqu'à cent
fois qu'ils voient,
au cours de leur vie, leurs mâchoires se garnir de dents nouvelles.
L'implantation des dents sur la mâchoire est également soumise à des
variations. Elles
peuvent y être plus ou moins profondément enchâssées.
Chez de nombreux vertébrés
inférieurs, les dispositifs d'insertion sont souples ; ainsi en est-il
de la gaine de derme
fibreux propre au requin et des ligaments élastiques présents
chez certains poissons, le
merlu notamment. Chez les mammifères (y compris l'homme) ainsi que chez
les
crocodiles, les dents s'insèrent dans des alvéoles anatomiquement
ménagés dans la
mâchoire. Elles y sont solidement maintenues par le ligament alvéolo-dentaire,
la
cohésion de l'ensemble étant assurée par la présence
du cément, tissu dermique fibreux
calcifié qui comble tout l'espace séparant les racines dentaires
des tissus osseux. L'union
dents-mâchoires peut être plus étroite encore ; c'est en
particulier le cas chez nombre de
poissons, d' amphibiens et de reptiles, chez lesquels les dents sont véritablement
soudées
aux mâchoires.
Du point de vue morphologique, il existe deux grands types de dents : les
dents
haplodontes, de forme conique, monoradiculées (dont l'exemple par excellence
est la
canine), et les dents plexodontes, caractérisées par une surface
irrégulière présentant de
nombreux tubercules et par l'existence de plusieurs racines (c'est le cas de
la molaire).
Les premières servent à la préhension et à la rétention
des aliments, alors que les
secondes sont dévolues au broyage. La denture peut être entièrement
composée de
dents de même type, et elle ne possède alors, en général,
que des éléments haplodontes.
De tels cas d'homodontie s'observent chez les poissons, les amphibiens et les
reptiles.
Elle peut également être mixte, constituée des deux types
de dents, haplodonte et
plexodonte. Si ce genre de denture est exceptionnel chez les poissons, où il
n'est guère
représenté que chez la daurade, qui se nourrit de coquillages
qu'il lui faut broyer, il est en
revanche de règle chez les mammifères. Il est ainsi possible
de trouver chez eux quatre
types de dents, ainsi disposées sur la mâchoire examinée
de l'avant vers l'arrière :
d'abord des incisives, préhensiles, coupantes, et des canines, lacératrices,
coniques,
appartenant toutes deux à la catégorie des dents monoradiculées,
puis des prémolaires et
des molaires masticatrices, éléments tous multiradiculés.
Sur le plan de la composition structurelle et numérique,
la denture accuse de notables
variations d'une espèce à l'autre ; c'est pourquoi la formule
dentaire, qui résume la
situation en donnant la composition d'une demi-mâchoire supérieure
et celle d'une
demi-mâchoire inférieure, est le plus souvent caractéristique
d'une espèce donnée. Pour
l'homme, par exemple, la formule de la dentition permanente s'écrit
ainsi :
;
elle exprime que l'homme a normalement 32 dents : 8
incisives, 4 canines, 8 prémolaires
et 12 molaires. Il faut souligner que la formule dentaire est en étroite
corrélation avec le
régime nutritionnel des espèces considérées et
traduit souvent le degré d'adaptation à
certaines habitudes alimentaires. C'est ainsi que les carnivores ont des incisives
moyennes et des canines que leur extrême développement rendent
si différentes de celles
des autres espèces qu'on les désigne sous le terme spécifique
de crocs ; chez les
ruminants , ce sont les molaires qui bénéficient d'un surdéveloppement,
les incisives étant
parfois inexistantes ; quant aux rongeurs, ils se caractérisent précisément
par l'importance
de leurs incisives à croissance continue.
Pathologie dentaire
Le système dentaire peut être le siège
de bien des anomalies et infections : dystrophie,
processus inflammatoires ou infectieux, troubles de l'articulation dentaire...
Toutefois,
cette pathologie est dominée par la carie, altération structurelle
de la dent, dont les tissus
durs sont progressivement détruits si aucun traitement n'est mis en œuvre.
L'une des
conséquences les plus graves de cette maladie, à laquelle sa
fréquence confère trop
souvent un caractère banal, est représentée par des lésions
parfois sévères qui font de la
dent la porte d'entrée de certains germes hautement pathogènes.
La meilleure attitude adaptée contre la carie reste préventive,
fondée sur l'observance de
règles hygiéniques et diététiques et sur l'administration
de fluor. On ne saurait d'ailleurs
trop insister sur la nécessité d'une hygiène bucco-dentaire
rigoureuse. Les travaux
é
pidémiologiques consacrés à l'étude des facteurs
favorisant la constitution des cancers
bucco-pharyngés ne sont-ils pas unanimes pour attribuer à une
mauvaise hygiène
bucco-dentaire (surtout si elle s'associe à l'alcoolisme et au tabagisme)
une part de
responsabilité ?