ENZYME
enzyme
n. f. Substance protéique, d'origine biologique,
qui agit comme catalyseur spécifique
d'une réaction biochimique.
Les premières expériences qui permirent de soupçonner
l'existence de telles substances
furent réalisées au XVIIIe siècle par le Français
Réaumur et l'Italien Lazzaro Spallanzani.
Ils montrèrent que la viande ingérée par les oiseaux de
proie était dissoute dans
l'estomac et qu'une dissolution analogue était obtenue, en dehors de
l'estomac des
animaux, par contact de la viande avec le suc gastrique. La nature chimique
de la
digestion était ainsi mise en évidence. Ce n'est que plus tard
que la substance
responsable du phénomène, la pepsine, fut isolée du suc
gastrique.
Au cours du XIXe siècle, d'autres substances actives furent mises en évidence
et
séparées ; on leur donna le nom de diastases, ou ferments. On
découvrit, ainsi, l'amylase
du malt, qui liquéfiait la fécule (1833), l'émulsine des
amandes (1837), la trypsine du suc
pancréatique (1848) et la lipase pancréatique (1849).
Les travaux de Louis Pasteur sur les fermentations
provoquées par les
micro-organismes
furent à l'origine d'une distinction entre ferments figurés,
ne se manifestant qu'en présence
de cellules vivantes, et ferments solubles, actifs même en milieu acellulaire.
Cependant,
Eduard Buchner montra, en 1897, lorsqu'il isola, d'un micro-organisme, un suc
soluble
qui produisait la fermentation alcoolique, que les ferments figurés
n'agissaient que par l'
intermédiaire des ferments solubles que renfermaient les cellules vivantes.
Par la suite, de
très nombreuses diastases furent découvertes et purifiées
sous forme cristalline. C'est
sous le nom d'enzymes (du grec zumê," levain ") que ces substances
sont connues
aujourd'hui. L'étude de leurs caractères physico-chimiques a
montré qu'il s'agissait de
protéines, macromolécules constituées d'une ou de plusieurs
chaînes d'acides aminés.
La catalyse enzymatique
Les enzymes n'agissent que comme catalyseurs de réactions
chimiques qui pourraient
avoir lieu même en leur absence, mais à des vitesses extrêmement
lentes ou à des
températures incompatibles avec la vie d'un organisme. D'une manière
générale, l'état
d'énergie des molécules réagissant chimiquement doit passer
au-dessus d'un niveau
minimal, dit seuil de potentiel, pour que la réaction évolue
vers la formation des produits.
Dans une réaction chimique classique, ce seuil est élevé et
n'est atteint que grâce à
l'agitation des molécules, qui permet à certaines d'entre elles
de placer leurs groupements
chimiques en bonne position pour réagir. Dans une réaction enzymatique,
le seuil de
potentiel se trouve abaissé, ce qui a pour conséquence d'augmenter
la vitesse de la
réaction ; la molécule initiale, qu'on appelle le substrat, vient
se placer dans un site
particulier de l'enzyme, dit site actif, dont la structure tridimensionnelle
lui est parfaitement
adaptée ; durant cette phase de reconnaissance, le substrat prend une
position
convenable pour réagir, puis se transforme au cours de la phase catalytique
; à la fin de
la réaction, l'enzyme se retrouve intacte et prête à accepter
une nouvelle molécule de
substrat. L'enzyme peut ainsi agir en très faible quantité puisqu'elle
est constamment
recyclée (une molécule d'enzyme peut transformer plusieurs millions
de molécules de
substrat par minute).
Lorsque la concentration en substrat est faible, tous
les sites actifs des molécules
d'enzyme ne sont pas occupés en même temps ; la vitesse de la
réaction est alors
proportionnelle à la concentration en substrat ; on utilise cette propriété pour
les dosages
enzymatiques de certaines substances, comme le glucose ou l'urée.
Lorsque la concentration en substrat est élevée, tous les sites
actifs sont occupés en
même temps ; l'enzyme est alors " saturée " ; la relation
qui lie la vitesse de la réaction et
la concentration en enzyme est linéaire et permet de doser l'enzyme.
La spécificité des enzymes
L'interaction entre le substrat et le site actif donne
la spécificité à l'enzyme.
En effet,
l'adaptation du substrat pour l'enzyme est telle qu'on a pu la comparer à celle
d'une clef
pour une serrure. Ainsi, chaque réaction est catalysée par une
enzyme distincte qui n'agit
que sur une molécule ou sur une famille de molécules possédant
une analogie de
structure.
Parmi les nombreux exemples de cette spécificité,
citons celui des enzymes agissant sur
les acides aminés. Ces derniers peuvent exister sous deux formes, qui
ne diffèrent que
par la position spatiale relative de certains de leurs groupements chimiques,
l'une des
formes étant l'image de l'autre dans un miroir. La plupart des enzymes
agissant sur ces
acides aminés ne reconnaissent que la forme la plus répandue
dans le monde vivant et ne
peuvent agir sur l'autre. Inversement, les enzymes intervenant dans la biosynthèse
des
acides aminés ne produisent qu'une seule forme, alors qu'une réaction
chimique classique
produit, en général, un mélange des deux formes.
Les modulateurs de l' activité enzymatique
De nombreux facteurs agissent sur les enzymes, soit comme activateurs, soit
comme
inhibiteurs.
Les cations métalliques sont le plus souvent activateurs. Il existe également
des
composés organiques, appelés cofacteurs, qui sont absolument
indispensables à l'activité
de l'enzyme, car ils servent d' intermédiaires dans la phase catalytique
; de nombreux
cofacteurs sont constitués par des vitamines ou par des composés
qui en dérivent ; c'est
de là que vient l'exigence nutritionnelle en vitamines B1, B2, B5, B6,
H, M et PP.
Parmi les inhibiteurs de l'activité enzymatique, d'une grande diversité,
on distingue
schématiquement :
les inhibiteurs réversibles, qui laissent intacte la molécule
d'enzyme mais affectent
son activité, soit en empêchant l'accès du substrat au
site actif (inhibition
compétitive), soit en se combinant à l'enzyme de façon à créer
un complexe inactif
(inhibition non compétitive) ; dans ces deux cas, l'activité de
l'enzyme est restaurée
lorsque l'inhibiteur est éliminé ;
les inhibiteurs irréversibles, qui créent avec l'enzyme une liaison
indestructible la
rendant inactive ; l'inhibition persiste même après élimination
de tout l'inhibiteur
libre et ne peut être levée que par l'apport de molécules
d'enzyme intactes.
Ces mécanismes d'inhibition sont à la base du mode d'action
de nombreux médicaments,
mais sont aussi à l'origine de certains de leurs effets secondaires.
Les enzymes et la vie des organismes
Toutes les réactions chimiques intervenant dans le monde vivant sont
catalysées par des
enzymes. Les grandes fonctions organiques n'existent que grâce à une
panoplie
d'enzymes spécialisées.
Tel est le cas de la digestion, où un ensemble
d'enzymes agit sur les aliments entre leur
ingestion et leur défécation ; on trouve l'amylase, dans la salive,
qui hydrolyse en partie
l'amidon des féculents pour le transformer en sucres ; dans le suc gastrique,
la pepsine
attaque partiellement les protéines, dont la dégradation est
poursuivie dans l'intestin grêle
grâce au suc pancréatique qui renferme la trypsine ; à ce
niveau agissent également la
lipase, qui hydrolyse les graisses, et l'amylase pancréatique, qui dégrade
les glucides. Les
enzymes interviennent aussi dans les échanges respiratoires, la contraction
musculaire,
l'excrétion urinaire, le fonctionnement du système nerveux et
la détoxication du sang par
le foie. Au niveau de la cellule, les enzymes jouent un rôle fondamental
dans les trois
principales fonctions cellulaires : le métabolisme intermédiaire,
la synthèse des acides
nucléiques et la synthèse des protéines.
Au cours du métabolisme intermédiaire, des enzymes de dégradation,
les oxydases en
particulier, attaquent les éléments nutritifs pour les transformer
soit en énergie chimique
utilisable par la cellule, soit en molécules plus simples incorporables
dans de nouvelles
synthèses. Au cours de la division cellulaire, des enzymes de réplication
recopient le
message héréditaire supporté par les acides nucléiques
(ADN) pour le transmettre,
identique à lui-même, à la cellule fille. Enfin, un ensemble
complexe d'enzymes très
spécialisées traduit les informations génétiques
en protéines qui vont constituer les
é
léments de structure et les enzymes elles-mêmes.
L'importance du rôle physiologique des enzymes
fait que la carence de l'une d'entre elles
est souvent à l'origine de maladies ; certaines de ces maladies sont
héréditaires lorsque le
message génétique qui gouverne la synthèse de l'enzyme
est affecté dans les cellules
germinales ; c'est le cas d'un trouble métabolique, la glycogénose,
où le glycogène
s'accumule dans le foie par suite de l'absence de glucose-6-phosphatase. Toutefois,
les
enzymes apportent aussi une aide précieuse au médecin établissant
un diagnostic ; en
effet, certains troubles organiques peuvent être révélés
par un déficit enzymatique ; par
exemple, les affections du pancréas, dont le diabète , provoquent
une baisse de l'activité
de l'amylase, que l'on peut doser dans le sang.