MECANISATION AGRICOLE

Quelques spécimens de machines agricoles :

1) motoculteur équipé d'un butoir ;

2) motoculteur équipé d'une lame de fauchage ;

3) extirpateur ;

4) herse en Z ;

5) appareils de projection pour l'irrigation par aspersion ;

6) pulvérisateur pour traitements antiparasitaires.

mécanisation agricole

La mécanisation agricole est un phénomène récent, même
dans les pays industrialisés. Toutes les opérations
facilement mécanisables se font à la machine et au tracteur,
avec une recherche constante d'amélioration de la
productivité du travail, en raison de la baisse de la
population agricole. Il n'en est pas de même dans les pays
en voie de développement dont l'agriculture reste manuelle
ou partiellement mécanisée avec traction animale.

Emploi de machines et de moteurs en agriculture.

Dans le monde, l'énergie mécanique remplace progressivement le
travail manuel pour la réalisation des travaux agricoles. Le parc
mondial était estimé (selon la Food and Agriculture Organization,
FAO) à 28 millions de tracteurs et 4 millions de
moissonneuses-batteuses en 1990. En France, en 1995, le
nombre de tracteurs était d'environ 800 000 (autant que
d'exploitations économiquement viables) et celui des
moissonneuses-batteuses d'environ 70 000. Les parcs des autres
matériels agricoles ne sont pas connus avec précision. Si l'on
rapporte le nombre d'hectares cultivés au nombre de tracteurs et
le nombre d'hectares de céréales au nombre de
moissonneuses-batteuses, la France se place dans le peloton de
tête des nations industrialisées. L'évolution démographique de la
population active agricole est liée au phénomène de mécanisation.

Les tracteurs agricoles

Depuis le véritable essor de la mécanisation motorisée, qui se situe
en France tout de suite après la Seconde Guerre mondiale et une
dizaine d'années plus tôt aux États-Unis, le tracteur agricole a
considérablement évolué techniquement. Le tracteur type des
grandes exploitations céréalières européennes est désormais un
engin tout terrain de 5 à 6 t, muni d'une cabine climatisée, à quatre
roues motrices, actionnées par un moteur de 75 à 100 kW
(moteur Diesel en France), capable aussi de transmettre la
puissance aux machines, mécaniquement ou hydrauliquement.
Pour satisfaire les besoins variés des exploitations agricoles, la
gamme des tracteurs courants proposée sur le marché va de 15
kW à 200 kW. La durée moyenne d'utilisation annuelle d'un
tracteur varie de trois cents à cinq cents heures et plus ; les
exploitants gardent les tracteurs environ dix ans et les revendent
sur le marché d'occasion.

Un rapide panorama des principaux matériels fait entrevoir
l'ampleur du phénomène de mécanisation dans les pays
d'agriculture intensive.

Les matériels de préparation du sol

Charrues

Si les charrues modernes ont peu évolué dans leur conception de
base (bâti portant des socs, des versoirs, des coutres et des
rasettes), elles ont subi de nombreux perfectionnements
technologiques. Réversibles par rotation à 180o (du moins, en
Europe), réglables hydrauliquement, les charrues modernes
labourent sur une grande largeur (jusqu'à quatre mètres) à une
vitesse qui peut atteindre 10 km à l'heure, grâce à des systèmes
de sécurité très efficaces.

Appareils rotatifs de travail du sol

Le labour est souvent complété ou remplacé par une action plus
é nergique de pièces (dites pièces travaillantes) entraînées par la
prise de force du tracteur. La rotation se fait, par exemple, autour
d'axes horizontaux (cultivateur dit rotavator) ou verticaux
(cultivateur rotatif) ; dans d'autres cas, la pièce travaillante est
montée sur des peignes à mouvement alternatif transversal (herse
alternative).

Appareils à disques

Ils brisent les mottes laissées par la charrue ou enfouissent
partiellement les chaumes après moisson (déchaumage). On les
appelle des pulvériseurs. On monte les disques (calottes
sphériques aplaties) sur des arbres diversement orientés ; si les
arbres forment un V d'axe sensiblement perpendiculaire à
l'avancement, l'appareil est un " cover-crop ", utilisé surtout en
déchaumage ; si les arbres forment un X, l'appareil est dit
pulvériseur tandem. Certains gros appareils à disques sont utilisés
en défrichage.

Appareils à dents

Ces appareils sont très nombreux ; ils ont des formes et des
dimensions différentes, suivant le travail à effectuer.

On peut citer, entre autres :

les sous-soleuses, à une ou deux dents, faisant éclater le sol
en profondeur (plus de 50 cm), pour faciliter la circulation
souterraine de l'eau ;
les chisels et les décompacteurs, à dents rigides ou flexibles
de grandes dimensions (60 cm sous le bâti), travaillant
profondément, remplaçant, dans certains cas, le labour ou
brisant des couches durcies qui se sont formées en
profondeur ;
les cultiveurs, équipés de dents plus ou moins vibrantes,
prolongées par des lames de formes variées pour ameublir
et détruire les mauves herbes ; munis de dents plates et
écartées sur le bâti, à vibrations amples, on les appelle des
canadiens (dénomination ancienne, mais encore très
courante) ; équipés de dents vibrantes et très rapprochées,
et complétés par un organe de tassement de type rouleau,
on les appelle des vibroculteurs.

Autres appareils de travail du sol

D'autres appareils, très nombreux, servent à préparer le lit de
semence. C'est le cas, par exemple, des rouleaux ( combinés ou
non à des appareils à dents, vibrantes ou animées par la prise de
force), les herses (dents rigides rapprochées), etc., utilisés
é galement pour la préparation du sol. La plupart de ces matériels
se replient hydrauliquement en position de transport, lorsqu'ils sont
de grande largeur. Ils existaient tous du temps de la traction
animale ; on les a simplement adaptés à la motorisation.

Par ailleurs, de plus en plus souvent, les appareils de travail du sol,
à pièces travaillantes animées ou non, sont couplés avec des
semoirs pour effectuer en même temps la reprise du labour, la
création d'un lit de semence et le semis, en un seul passage.

Le matériel pour la fertilisation, le
semis et la défense des cultures

Une fois le sol préparé, l'agriculteur fertilise et ensemence, puis,
quand la végétation est levée, entretient et protège la plante
cultivée par des moyens chimiques et mécaniques.

Matériels de fertilisation

Épandage des engrais.

Les engrais chimiques pulvérulents et les matériels spéciaux qu'ils
réclamaient ont presque disparu. La plupart des engrais chimiques
se présentent maintenant sous forme granulée. On épand très
régulièrement les granulés (petites sphères de 1 à 4 mm de
diamètre) sur le sol, à l'aide d'épandeurs centrifuges ou
pneumatiques. Les premiers possèdent une trémie munie à sa base
d'un ou de deux disques rotatifs dispersant les granulés sur une
largeur de 10 à 20 m ; les seconds comportent à la base de la
trémie un distributeur rotatif et un tube transversal (6 à 12 m) muni
d'orifices régulièrement espacés vers lesquels progresse le flux de
granulés pulsé par un courant d'air.

Matériels de semis

Les semoirs en ligne.

Utilisés en grande culture, les semoirs se composent d'une trémie
de forte capacité contenant les grains, et d'un système rotatif de
distribution, à cannelures ou à ergots. Les semences sont
conduites ensuite dans des tubes télescopiques, vers un dispositif
d'enterrage, à socs ou à disques. La largeur semée est de 3 à 4 m.
D'autres modèles de grande largeur (6 m et 8 m) ont des trémies
centrales et une distribution unique, le flux de grains arrivant par
des tuyaux souples aux socs d'enterrage, poussé par un courant
d'air (semoirs pneumatiques).

Les semoirs de précision.

Ces appareils sèment les grosses graines (betterave, maïs,
tournesol, etc.) une à une et à des intervalles réguliers.
Généralement composés de deux à quatre éléments semeurs, pour
le maïs ou le tournesol, et de six à douze (et jusqu'à vingt-quatre)
pour la betterave, ils possèdent des organes d'enterrage et de
tassements très élaborés. Chaque distributeur, disque ou courroie
entraînée par une roue porteuse, porte des alvéoles périphériques
dans lesquelles vient se loger une graine et une seule. Le semoir de
précision est dit à distribution mécanique, si la graine est entraînée
par simple gravité, et à distribution pneumatique, si une aspiration
ou une pression fixe la graine dans son alvéole. La distribution
pneumatique est moins sensible que la distribution mécanique au
calibrage des graines. Elle permet un semis de qualité (écartement
peu variable entre graines) à une vitesse d'avancement plus grande
(6 à 8 km à l'heure contre 4 à 6).

Matériels de défense des cultures

Les pulvérisateurs mécaniques à jet projeté.

Ces appareils comportent essentiellement une cuve (depuis 400 l
jusqu'à 6 000 l), une pompe (aspirant et refoulant le liquide à une
pression de quelques bars), une rampe portant un tuyau muni de "
buses " placées tous les 50 cm et dispersant le liquide, qui se
pulvérise en gouttelettes. Ces rampes mesurent généralement de 6
à 24 m de largeur et se replient hydrauliquement. Des capteurs de
vitesse (radar), de pression et de débit réalisent une constance de
la dose (nombre de litres par hectare), quelle que soit la vitesse
d'avancement. Les appareils courants sont portés ou traînés par
les tracteurs, mais il existe aussi des appareils automoteurs de très
grande largeur d'épandage (jusqu'à 34 m).

Les pulvérisateurs mécaniques à jet porté.

Ces appareils à pression de liquide possèdent des buses
disposées en arc de cercle dans un violent courant d'air créé par
une turbine. Le flux d'air transporte les gouttelettes à plusieurs
mètres (voire plusieurs dizaines de mètres) de l'appareil.

Les pulvérisateurs pneumatiques.

Dans ces appareils, également à turbine, le courant d'air sert à
pulvériser le liquide et à transporter des gouttelettes.

L' arboriculture utilise ces pulvérisateurs à jet porté qui permettent
de traiter des arbres de haute tige. Ils sont également courants en
viticulture.

Les matériels de récolte

Matériels divers pour la récolte du fourrage

Faucheuse.

Fixée sur le côté ou à l'arrière du tracteur, plus rarement à l'avant,
elle comporte une lame à sections coupantes animée d'un
mouvement alternatif rectiligne se déplaçant près de
contre-couteaux fixes appelés " doigts " (barres de coupe).
Encore en service dans de nombreuses exploitations, la faucheuse
à mouvement alternatif disparaît pour faire place à des faucheuses
à systèmes rotatifs de coupe (disques), beaucoup moins sensibles
au bourrage et travaillant à vitesse plus élevée (de 12 à 15 km/h
au lieu de 6 à 8).

Ensileuse.

Cette machine coupe le fourrage (avec une barre de coupe), le
hache régulièrement en menus morceaux et souffle le produit
haché, par courant d'air, vers une remorque ou une trémie. Le
système de hachage est constitué par des fléaux rotatifs réalisant
aussi la coupe et le transport pneumatique sur les machines les
plus simples (en voie de disparition), ou, sur les machines
actuelles, par des couteaux hélicoïdaux montés sur des tambours
rotatifs, la coupe et le chargement pneumatique étant alors réalisés
par des organes indépendants. Le produit finement haché
(quelques millimètres) est emporté ensuite à la ferme et entassé
dans les silos en vue d'une conservation sous forme d'ensilage.

Ramasseuse-presse.

Elle ramasse et presse le fourrage préalablement coupé, sous
forme de balles parallélépipédiques de petite dimension. De plus
en plus, on trouve des matériels qui enroulent le fourrage ou la
paille en grosses balles cylindriques (dites improprement balles
rondes) de plusieurs centaines de kilos, ramassées ensuite
mécaniquement avec un chargeur frontal disposé sur le tracteur.
Certaines machines de ce type enroulent le fourrage partiellement
séché (50 à 60 % d'humidité) sous une enveloppe en films minces
(polyéthylène) de couleur blanche ou noire, réalisant ainsi de
véritables petits silos, de manutention facile.

Matériels pour la récolte des céréales

Équipée d'un moteur d'une puissance de 100 à 200 kW, la
moissonneuse-batteuse moderne est un appareil automoteur, de
forme compacte, destinée à récolter les grains. Elle comporte une
barre de coupe et un certain nombre d'autres organes tels que
batteur, contre-batteur, secoueurs, etc. La paille est récoltée à la
ramasseuse-presse, en région d'élevage, ou, plus généralement,
broyée pour être enfouie.

Autres matériels de récolte

Toutes les cultures, ou presque, sont récoltées mécaniquement.
Ainsi existent les arracheuses-chargeuses de betteraves (travaillant
soit en chantier décomposé, soit en effectuant simultanément le
décolletage, l'arrachage et le chargement des betteraves), les
récolteuses de lin, les récolteuses de légumes, les machines à
récolter les fruits, principalement le raisin.

Machines à vendanger.

Les vendangeuses automatiques récoltent le raisin par secouage,
dans des vignobles palissés, ayant un écartement suffisant entre les
rangs. Les grappes tombent dans un convoyeur qui les déverse
dans une cuve après élimination des feuilles. Les machines à
vendanger se généralisent dans tous les vignobles depuis 1980,
sauf en Champagne et dans quelques régions de grands crus.

Les matériels d'intérieur

Toutes les opérations agricoles, y compris en élevage, sont
généralement mécanisées : trieurs, coupe-racines, machines à
traire, nettoyeur d' étables, etc.

Ce rapide panorama de l'arsenal des machines actionnées par les
tracteurs ou munies de moteurs autonomes s'applique uniquement
à l'agriculture intensive d'Europe ou d'Amérique du Nord. Il ne
saurait faire oublier que les trois quarts de la population mondiale
cultivent la terre avec des outils manuels ou avec des petites
machines rudimentaires tirées par des ânes, des mulets, des
buffles. Ces pays sont incapables, dans l'immédiat, de supporter
les investissements énormes que constituent les matériels agricoles
et ne possèdent pas encore une paysannerie formée aux
technologies modernes. Bien des tentatives de transferts de
technologie se sont soldées par des échecs dans les pays en voie
de développement . La mécanisation motorisée est un moyen de
production bien adapté à l'agriculture intensive en manque de
main-d'œuvre, mais ce n'est pas un objectif obligatoire, surtout
dans des pays à population active agricole dominante.